This obituary of Helno has been copied from an article in the 23rd/24th January 1993 edition of Libération, which is unfortunately not on-line. The copy I transcribed was not very legible, if anyone can point out the French howlers I’ll be glad to correct them.

Helno de l’Ourcq était chanteur des Négresses Vertes, groupe néo-apache international. Vendredi à l’aube, il a donné son dernier récital à domicile: une bonne overdose des families. Son oralson funèbre...

C’était un enfant de Noël. Il en avait attrapé le nom, c’est souvent comme ca la famille pense que ça porte bonheur. Mais tout a tourné à l’envers comme son nom qu’il a tournchoulé. Le petit Noël est devenu Helno: un Noël fini avant même d’avoir commencé. En verlan international, à la finis l’enfer et le non à l’enfer. L’histoire s’est bouclée hier matin à six heures. Helno est mort d’OD chz maman dans la cité du dix-neuvième arrondissement qu’il n’aura finalement jamais pu quitter. Les Négresses Vertes n’ont plus de chanteur.

Le rock français, là-dedaus? On verra bien. On en parlera un autre jour. Quand les Négresses Vertes reprendront la mute. Quand on aura le temps de parler, d’un rock scié à la base par les yéyés et qui s’est mis á voir son salut chez Brel, Vesoui et son accordéon.

L’histoire d’Helno était plégée. Premier acté alors d’âge de Gavroche, celui des peurs de rien. Avec son frère Ritier il débarqunit chaque jour de sa cité (il n’en parlait pas, il ne disait presque rien à l’époque) pour venir retrouver la zone des Halles. Les deux jurneaux étnient les mascottes speedées de la tribu punk du cru: efficaces à la manche, royaux à la bibine. A l’epoque, pas de musique. Plutôt une super-vie de con, des heurea à se battre les flancs et écceurer le passant. Avec juste des loeurs amphétaminées.

Helno-Noël était le seul à trouver cela instructif. Il mit du temps à le dire. Ce «no fun» plus que parfait (il avait la guele de l’emploi: dents en moins, bosses en trop) était un leurne. Devant les autres il crachait sur «le grande Jacques»: chez lui, il l’écoutait en douca. Ce zéro de conduite s’était fait punk pour apprendre la vie. Pour lui, le nez dans le sac de colle, c’était un bon dol d’air - le genre de choses qu’on ne dit pas aux copains. Helno se cherchait un avenir dans le no future. Personne ne voulait le voir à l’époque. Qui avait le temps pour ça? La bande a eu tout ce qui lui pendait au nz. Overshoots (normal), couteaux (done prison), suicides (certains sont logiques), nazification de certains (les prett fers skinheads, certain arabes et adorables), hépatites à la pelle et-enfin sida (l’aiguille, toujours l’aiguille) Au début des années 80, c’est la débandade. Yous ceux-là aurait vu le «destroy» du près. Pendant longtemps, les rescapés s’éviteront. Jusqu’au second acte.

1985, Helno renait. La catastrophe lui a glissé dessus. Ce rescapé de vingt-deux ans a maintenant droit à un début d’honneur. Il est choriste (!) de Bérurier Noir, le groupe fétiche de la relève «indé» (la france se la joue punk au moment où tout le monde s’en fiche); il leur vole le show dès qu’il peut. C’est assez facile: dégaine d’échappé de l’hosto cassé en deux sun son mícro et les yeux en boule de loto. Helno tranche sur le look viet vet de ces Rambos de l’anarchie. Davroche a pris du galop, il a maintenant le genre merlan. Costard rose douteaux ceillades systématiques, danses du ventre appuyées. Helno oblige le rock français à faire face à un personnage qu’il n’aime pas: celui du croquer pompette. Guy Marchand total explosé de l’alternatif, Helno n’a pas pu rester longtemps le type qui criasit «Révolution demain!» aves les Bérus. C’était écrit.

Les Négresses Vertes sont pées officiellement un soir de bal dans le Jura il y avait Helno, Matias et Paulo. Les chevaux d’Helno ont déplu à un bûcheron qui en avait assez du vert. Le cri est parti «Cassez-vous, espèces de Négresses Vertes!»

C’est en tout cas la légende. A partir de là. Helno devient quelqu’un d’important. Renouveau de la chanson, renouveau du rock français. Grosse sensation à l’étranger. Retour à j’accordéon et au lyrisme parigot. Tout cela est connu. Depuis 1987, c’est le succès jamais démenti. Les disques sibt d’or. Madaonna veut le groupe pour la bande son de Dick Tracy. Les Négresses représenteront ??? la France avec I Love Paris sur la compilation contre le sida Red Hot & Blue, entre U2 et les Neville Brothers.

C’était facile de revoir Helno. Il avait une mobylene bleue de Papy, et ne bougeait qu’à peine de Paris. A peine du canal (de l’Ourcq). Il ne savait pas vivre autrement. On pouvait toujours essayer de le joindre chez sa mère. Où il partait souvent s’écrouler dans sa chambre d’enfant, sous les photos postales d’animaux et lès Joujoux demeurés. Il est toujours resté fijant comme un contrehandler, jamais loin d’une porte de sortie. Helno laissait user et abuser de son image de clown éthylique. Cela lui évitait de parler. Chose étonnante, cet ex-bébé punk qui s’est mangé du Sid Vicious et du Johnny Thunders quand le lait lui coulait du nez n’a jamais posé au junkie fracassé. C’est peut-être à sa discrètion là-dessus qu’il faut mesurer l’envie qu’il avait de se trouver une niche dans la variété française. Quelque part entre Joe Dassin, autre louche explosé de service et Brel le flamand noir. Chez ces gens-là, c’est connu, on cause pas.

A vingt-neuf ans, le bon vivant Helno avait doc du plomb et du singe sur les épaules. Les souvenirs ne sont pas tous bons. Le succès les tient au chaud comme un cancer: «Ce qu’il y a dans la vie, un le soura au prochain épisode... peut-être.» C’est ce que conflait Helno un soir de Phiver 90, sur un banc de la Villette. La deuxième nuit de suite à évoquer les anciens temps. D’ailleurs, tout y ressemblait; la nuit, le froid, le pack de bières sur le banc, les gardiens, les chiens. Dans certains endroits de Paris il suffit de parler dans le noir pour redevenir dse ombres. Des mémoires de punks, pleines de trous, des choses revenaient. Helno parle beaucoup. Ou était dans des histoire tristes. Le séducteur Helno n’arrivait souvient pas à se séduire lui-même.

Il n’était pas trop Top 50, Helno: «Le week-end dernier, je partais à un baptême. Je mettais mon costard. Un copain m’appelle, un type de ma cité. Il me dit: “J’ai besoin de parler, mon père vient de mourir. Tu connaissais le vieux...” J’ai fait le détour par chez lui pour faire la bisc voir s’il avait besoin de quelque chose. Et puis je suis allé à mon baptême, c’est la vie. J’ai une chanson comme ça: “Sur le pérlph à tout berzingue, on se crashe la guele comme des dingues.” Ça s’appelle: Maria, tu es morte et moi je suis la. Je comptais la dédier à tous mes camarades de route sur la chaussée glissante.

» J’ai plain de copains qui se sont suicides. Je peux citer un paquet de gens qu’on a connus aux Halles et qui ne sont plus là. Pareil dans ma cité; des amis d’enfance. J’en ai plus beaucoup. Sida, suicides, overdoses. C’est ce que tu as quand tu soulèves le rideau d’une petite cité, tranquille. J’en arrive souvent à penser que si l’enfer existe, il est ici sur terre. On est en plein dedans. Tout être humain qui a de la sensibilité a envie de se foutre de la guele. Comme dit la chanson “Il n’est pas facile de se lever tous les matins et de partie au chagrin.”»

C’était le moment de changer de sujet. Les survivants doivent toujours parler d’autre chose. Donc Helno fut le chanteur des Négresses Vertes, ou le voyait souvent à la télévision. Il avait joué à Londres, l’Olympia, Tokyo... Vendu des centaines de milliers de zobi la mouche, de Voile l’été... sans parler de Ouh mamma mia et Famille heureuse...

Mais il suffisait qu’il s’assoie sur un banc public pour qu’on ne pense plus à la TV, aux communications officielles sur l’exportation «de notre musique» et aux menus avantages de la profession. Helno portait son destin sur la figure. Il était à la marge de tout. Même son propre succès, il le regardait de loin. Souvent. Il n’était pas vraiment là. Il cultivait toutes les absences. Alcool, drogues, vies. Jamais fixé sur son compte entre un lit et l’autre. C’était pour ça.

Christian PERROT

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